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  • emmanuellekalfon

Notre ami et Maître à penser s'en est allé...

Mis à jour : août 6


Cher Benoit,



Nous aimerions que ce soit comme au théâtre, durant une répétition, où, "finalement, la scène finale ne nous plaît pas ; donc, on va la réécrire et la refaire pour qu’elle soit beaucoup plus gaie, et à ton image, en mettant, pourquoi pas, un petit fond musical d’accordéon…"

Mais, malheureusement, cette option n’existe pas … car nous ne sommes pas dans une pièce de théâtre...


Sidération, stupeur, effondrement, tristesse, injustice, incompréhension, inacceptable, aberration, profonde peine, inconsolable, énorme manque… voici, en vrac, quelques uns des mots qui nous sont venus à l’esprit pour décrire nos émotions à l’annonce de ta disparition soudaine et choquante le 22 juillet dernier…


Bien entendu, parallèlement à ces émotions négatives et profondément tristes, ont surgi inévitablement l’ensemble de tes qualités : bienveillant, drôle (voire un humour très "caustique"), profondément humain, à l’écoute, empathique, toujours positif, juste, et tellement d’autres qu’il est particulièrement difficile pour nous de toutes les énumérer, et tu nous pardonneras sûrement…


Accepter nos émotions .... vaste challenge...

Tu étais un adepte de l’acceptation, comme la clef de toutes les guérisons à tous les maux. Et tu avais raison, sans conteste.

Aujourd’hui, nous aurions bien besoin d’outils pour faire face à nos émotions difficiles et inconcevables, les surmonter et les accepter. Le problème c’est que justement, le seul qui pouvait nous donner ces outils, c’était toi…


On veut bien, nous, les accepter nos émotions de tristesse, de colère, de sidération, de manque... mais on en fait quoi après?

Qu’est-ce que tu nous aurais dit toi ? Qu’est-ce que tu nous conseillerais ? Sûrement, tu écouterais avec attention, tu hocherais la tête avec ce petit pincement des lèvres qui encourage à continuer de se livrer, parce qu’il est sincère et plein de compassion, et puis tu nous rassurerais avec des mots simples, et surtout en mettant des mots justement sur ce que l’on ressent, et tu dirais quelque chose comme « je comprends, cette émotion est tout à fait normale…. ». Tu nous expliquerais ce qui se passe en nous depuis l’annonce de cette tragédie, et tu validerais cette émotion, pour nous emmener doucement et sûrement vers le chemin de l’acceptation. Et même, tu nous féliciterais, tu nous encouragerais avec ton petit "bravo" pour ce premier pas, car tu nous expliquerais que "déjà ce n’est pas facile de s’exprimer ainsi, et que nous sommes sur le bon chemin".


Merci pour ta bienveillance, ton regard positif, ton écoute, tes conseils, en somme ta compassion...

Au-delà de ta connaissance bluffante de la nature humaine et de sa psychologie, tu avais semble-t-il un don pour considérer que dans toute situation, et chez chaque personne que tu croisais, il y avait du positif. Tu avais ce don de rendre légitime les angoisses, les mauvaises pensées, les mauvaises actions, et d’aider à trouver les ressources en nous pour les rendre positives.

Parce que, oui, tu voyais des ressources propres en chacun de nous (le nous étant ici, l’ensemble des personnes que tu as pu côtoyer). Tu étais intimement convaincu que les réponses aux questions que tout un chacun se posait étaient en nous. Ton rôle était de donner les outils pour les sortir… et tu le faisais avec brio (Katia, du Père Noël est une ordure aurait dit "avec qui ?", petit private joke).


Dans la lignée de tes croyances et de ta personnalité si colorée, tu as brillamment animé les ateliers sur la prévention des risques psycho-sociaux depuis plus de trois ans au sein d’Aparté, et tu as apporté des outils précieux à de très nombreux salariés grâce à ton savoir, ta pédagogie et tes talents de comédien. A l’unanimité, tes interventions ont réellement été bénéfiques et salvatrices.


Ces derniers mois, tu as apporté un réconfort tout aussi précieux en animant les groupes de paroles, qui pour certains étaient le seul lien avec le monde extérieur pendant le fameux confinement. Ta compassion et ton écoute attentive et sincère ont permis aux nombreux participants de se livrer, de faire part d’émotions parfois intimes sans retenue, avec simplicité et bienveillance. Ton succès lors de ces groupes de parole t’a même valu quelques surnoms élogieux tels que "Maître Yoda" ou "le Gourou des temps modernes".


Et de ton rôle de Monsieur Preskovic dans le mythique "Le Père Noël est une ordure" on en parle? Ton entrée sur scène avec ta tête de dépressif, la boîte de Doubitchous à la main (les fameux chocolats de Sofia), faisait exploser de rire le public à chaque fois. Ce personnage tout gris ce n'était tellement pas toi.... mais tu le jouais tellement bien. On n'oubliera pas tes moments de gloire sur scène lorsque tu jouais de l'accordéon, nos fous-rires lors des répétitions, tes gorgées interminables lorsque tu dégustais la "Schlovetnie" (la fameuse liqueur des montagnes dans laquelle trempaient des reinettes), et tes remerciements à rallonge à la fin de chaque représentation qui nous faisaient sourire inévitablement.


Pour toute ton implication auprès d’Aparté et plus largement auprès de nous, que ce soit professionnellement, personnellement, et théâtralement, MERCI.


Promis on va continuer...

Alors, promis, on va suivre les conseils que tu aurais pu nous donner : on va essayer de trouver des côtés positifs, on va puiser dans nos ressources propres, on va tenter de gérer nos "PIC" et nos "POC", on va essayer de couper court à nos ruminations, ce que tu appelais "les pensées hameçons" (il faut dire qu’elles sont quand même bien hameçonnées pour le moment…), on va profiter du moment présent, et surtout on va faire au mieux pour accepter l’inacceptable…

Mais ne nous en veut pas si on n’y arrive pas tout de suite, et si on reste encore triste, dans le regret et dans la peine pendant encore quelques temps… Car on doit te le dire : tu vas nous manquer terriblement…


Alors, promis, on va garder en mémoire, ta joie de vivre, ton rire totalement hors du commun, ton accent de Monsieur Preskovic tantôt ukrainien, tantôt antillais, tantôt russe (et bien d’autres encore !), ta manie de jouer de l’accordéon aux moments de concentration de la troupe dans les coulisses, tes chemises à fleurs (ou autre motif original et joyeux) dont seul toi avait le secret, ton "eh bien bonjour à tous et à toutes !", tes "je vous souhaite une belle journée, et encore bravo à tous pour cette séance, vous avez été formidables !", ton humour parfois grivois, mais tellement corrosif, ton amour insatiable et éternel pour ta moitié, ta joie d’attendre un petit garçon avec Clara et de la voir heureuse, ton respect de chacun, ta bienveillance, ton écoute salvatrice, ta prise en compte des émotions de l’autre, ton véritable talent face à la connaissance de la psychologie humaine, ta positivité communicative, ta description du précieux DESC, ton "bonjour" chantant et heureux qui donnait la pêche à tous ceux qui l’entendaient. On pourrait continuer comme ça encore un moment…


Alors, promis, on va continuer ton œuvre, même si ce sera dur sans toi, et que ça n’aura pas la même saveur. Tu nous disais tout le temps "ce n’est que le début de l’aventure les amis !". Tu voulais travailler sur de nouveaux thèmes, créer de nouvelles saynètes pour aider encore et toujours les salariés, les managers, et toute personne amenée à suivre les ateliers Aparté. Tu avais une motivation et une positivité sans limite. Alors, promis, on va tenter de faire perdurer ces groupes de paroles qui ont tant fait de bien, on va continuer les ateliers et les saynètes sur la gestion des émotions, sur la surcharge de travail, transmettre tes connaissances et tes outils pour aider à prévenir les risques psycho-sociaux au sein des entreprises. On va continuer l’aventure et travailler pour que ce que tu voulais faire avec Aparté voit le jour, et tu seras fier de nous…


Promis, on va prendre en compte nos émotions respectives, les accepter, et continuer… Ce qui est certain c’est que tu auras toujours ta place et tu nous auras marqué à jamais...

Merci Benoît…


Une dernière remarque : il y a quelques semaines, lors d’un groupe de paroles que tu animais, tu as parlé des carnets de gratitude en psychologie positive : tu proposais aux participants d’écrire une lettre de gratitude à une relation importante pour eux, en remerciant cette personne pour ses attitudes. Tu avais précisé que cette personne pouvait être en vie ou décédée… et tu avais promis que les effets qu’une telle lettre procurait étaient très positifs (sans en dire plus). A ce moment-là, nous ne pouvions pas deviner que cette lettre de gratitude te serait destinée et surtout dans ces circonstances. On verra si des effets positifs se dégagent, mais vu que tu y voyais souvent très juste, on est obligé d’y croire…


Bon voyage Cher Benoit... Nul doute que tu fais déjà le bien autour de toi là où tu es...



La Team Aparté (dont tu feras toujours partie)






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